TECHNIQUES DE LA GRAVURE

A l’inverse d’une lithographie dont la base est une pierre pouvant être tirée à un très gros nombre d’exemplaires, la gravure a pour support une plaque de cuivre  devant être incisée. La plaque de cuivre vierge est recouverte d’un vernis et gravée par l’Artiste à l’aide de pointes d’acier, rubis ou diamant selon l’épaisseur et le rendu du trait recherchée. De plus, cette plaque allant être ensuite encrée et passée sous la presse pour son impression sur papier, ce procédé oblige l’artiste à concevoir son sujet « à l’envers ».

Il ne s’agit donc pas d’un procédé des plus simple pour les artistes qui pratiquent cette technique et nul ne peut s’improviser « graveur ». C’est à ce stade que l’on distingue les « gravures originales » dont l’Artiste a lui même incisé le cuivre des « gravures d’interprétation » transcrites sur plaque de cuivre par un tiers. Ce distinguo (également valable pour ce qui concerne les autres arts graphiques et la sculpture) que le grand public connait peu  et de nombreux professionnels passent sous silence est cependant primordial pour déterminer la valeur d’une gravure.

La plaque de cuivre enfin terminée par l’Artiste, celle-ci est portée dans un atelier de gravures pour son tirage sur papier dans la quantité qui a été déterminée au contrat entre l’Artiste et son Éditeur et sur le ou les papiers choisis. La plaque de cuivre est encrée, essuyée puis déposée face gravée en l’air sur la presse (mécanique ou à bras) et recouverte du papier puis de langes pour éviter les froissements lors du passage sous la presse. Une fois cet ensemble passé sous le rouleau, la gravure est imprimée. Elle est délicatement désolidarisée du cuivre puis mise au séchage sous pression. Le cuivre est alors ré-encré et l’opération renouvelée pour l’impression d’une nouvelle épreuve.

Une fois les gravures séchées et récupérées de l’Atelier, elles sont alors numérotées au crayon en fonction du contrat et portées à l’Artiste pour signature, en général au crayon et en bas à droite sous le sujet sur chaque épreuve.

Dans le cas de Salvador DALI, ce dernier avait durant quatre années de sa jeunesse aux Beaux Arts de Madrid travaillé intensivement sur les techniques de gravure, si bien qu’il en maîtrisait toutes les subtilités. C’est également pour cette raison que le couple ARGILLET n’a souhaité tout au long de leur collaboration avec DALI n’éditer que des gravures sur cuivre avec lui et non des lithographies, afin d’obtenir des œuvres réalisées de A à Z de sa main. Outre des procédés peu académiques dont DALI s’est parfois servi pour inciser ses cuivres tels des clous, des crocs de boucher ou des tentacules de poulpe (par exemple dans la série Mythologie), le Maître a travaillé dès sa jeunesse certains cuivres à l’aide d’aiguilles afin de travailler certains détails microscopiques, dans la remarque de la gravure du « Revolver à Cheveux Blancs » et dans « Les Chants de Maldoror » notamment.